de administre le Mer Mai 27, 2009 11:23 am
INTERVENTION DE JACKY LE MENN, Sénateur d’Ille-et-Vilaine au Sénat le 12 mai 2009
Monsieur le Président, Mesdames les Ministres, Mes chers collègues,
Lorsque j’ai pris connaissance du titre I de ce projet de réforme de l’hôpital sur lequel je souhaite intervenir ce soir, il m’est spontanément venu à l’esprit ce qu’écrivait récemment le sociologue Frédéric PIERRU chercheur au CNRS et enseignant à l’université Paris IX Dauphine « …la réforme de l’hôpital n’est jamais qu’une illustration parmi d’autres des transformations plus fondamentales du politique où des élites, délaissant de plus en plus les valeurs du public au profit (dans tous les sens du terme) du privé, avides d’indicateurs de gestion prétendument objectifs, sûres de la supériorité de leurs recettes et coupées de la réalité de l’expérience vécue des citoyens ordinaires, sont profondément méfiantes à l’égard de toute forme de contre-pouvoirs (….).» ; en l’occurrence ici celui des élus et des médecins.
Ensuite, je me suis posé une question : Fallait-il, de toute urgence, initier une « nouvelle gouvernance » à l’hôpital ? La question doit se poser. Cette «nouvelle gouvernance», intervenait dans un univers hospitalier déjà très fragilisé par une concentration de réformes récemment survenues sur une période très courte. Bref, il nous faut être conscient du fait que l’hôpital peine encore aujourd’hui à intégrer l’impact de ces différentes réformes qui, de plus n’ont pas été évaluées.
Les professionnels médicaux et para médicaux, les premiers visés par ces réformes, souhaitant du temps pour repenser leurs missions et leur organisation dans l’intérêt des malades ; l’accumulation accélérée de réformes, ne le leur permettant pas, la perspective d’une nouvelle réforme de l’ampleur de celle annoncée eut pour conséquence, presque immédiate, la cristallisation de la conflictualité sociale latente au sein de l’hôpital depuis de nombreux mois. Vous connaissez la suite, manifestations, grèves etc.
Quel est l’intérêt des malades dans tout cela ?
Mais est-ce bien l’intérêt des malades qui guide la réforme proposée par le projet de loi touchant la «gouvernance» de l’hôpital ? Permettez moi, Madame la Ministre, d’en douter, l’intérêt des malades finissant par disparaître derrière une préoccupation centrale autre de vos services, à savoir celle concernant la seule rentabilité de la structure hospitalière. Hôpital victime d’un concept devenu «mature» après un long cheminement, d’abord dans les têtes, puis dans les déclarations de quelques opiniâtres technocrates, économistes de la santé, gestionnaires hospitaliers qui tentent de le faire passer en force aujourd’hui, dans la loi. Ce concept est celui de «l’hôpital entreprise», n’en déplaise au Président de la République, concept sur lequel je vous demande Mesdames et Messieurs les Sénateurs mes chers collègues, de bien réfléchir, si vous souhaitez réellement éviter la mort de l’hôpital public, ce dont je ne doute pas.
Regardons donc de plus près ce que recouvre ce concept mortifère pour l’hôpital public, dans ses déclinaisons inscrites dans la loi «Hôpital Patients, Santé et Territoires», telle qu’elle nous est arrivée en commission des affaires sociales et dont de grosses scories demeurent encore dans le texte qui nous est présenté aujourd’hui.
Premièrement, une centralisation extrême du pouvoir dans la fonction directoriale tout entière incorporée, au sens Bourdieusien du terme, dans un seul homme «le directeur de l’hôpital», le «patron» selon le Président de la République, qui le qualifie ainsi dans une rhétorique empruntée à une vision bonapartiste de la «gouvernance» des institutions.
Ce directeur, rendu puissant en interne dans la structure hospitalière, est aussi, paradoxalement, un colosse aux pieds d’argile dont on découvre rapidement qu’il n’est que le porte voix du directeur général de l’Agence Régionale de Santé, véritable préfet sanitaire, hyperpuissant, nouveau «Maître Jacques» de la politique sanitaire régionalisée qui nous est annoncée, en fait le véritable patron de l’hôpital ou plutôt des hôpitaux de la région.
Nous voilà en pleine théâtralisation de «l’illusionnisme social» où celui que l’on croit être l’acteur principal ne l’est pas vraiment et où celui qui l’est, le directeur général de l’ARS, se tient hors du dit hôpital, haut fonctionnaire à la manœuvre, lui-même aux ordres, ayant parfaitement intégré sa mission prioritaire, qui consiste à rechercher l’efficience financière, supposée, du système sanitaire français, quel qu’en soit le prix à payer pour les malades et les soignants de l’hôpital public.
Le directeur d’hôpital, promu président d’un «directoire miroir», dont il choisit les membres, pense sans doute de bonne foi, pouvoir piloter son établissement. Certes, il pilotera mais sous contrôle étroit du Directeur Général de l’ARS qui, l’évaluera, lui attribuera un budget pour son établissement à l’issue d’une caricature de négociation budgétaire ; budget dont il vaudra mieux qu’il se satisfasse et avec lequel il devra se débrouiller pour éviter de tomber dans «l’enfer» de l’administration provisoire, promise, à son hôpital, s’il franchit la ligne blanche d’un déficit budgétaire auquel, pourtant, dans la majorité des cas, il sera condamné. Condamné, compte tenu des conditions du calcul irréaliste du budget des hôpitaux soumis aux contraintes de la tarification à l’activité, doublé d’un enjeu pervers visant une convergence totale, à moyen terme, entre cliniques privées à but lucratif (ayant le choix de leurs malades) et hôpitaux publics (astreints à accueillir tous les malades). On nous promettait cette convergence totale pour 2012 ; votre récente lettre, Madame la Ministre, au président de la FHF la renvoie à 2018, sage et prudente décision que, pour notre part, nous trouvons cependant insuffisante car nous voulons la suppression totale de cet objectif de convergence, meurtrier pour l’hôpital public et en revanche réelle aubaine pour les chaînes de cliniques privées à but lucratif.
Deuxièmement, un effacement renforcé du Conseil d’Administration de l’hôpital qui déjà détenait bien peu de pouvoirs.
Changement de terminologie (novlangue managériale propre à «l’hôpital entreprise» oblige), le Conseil d’Administration devant devenir un simple Conseil de Surveillance anémié si nous n’y avions mis un frein en commission des affaires sociales (frein tout relatif du reste malgré quelques avancées dont celle de se prononcer sur la stratégie de l’hôpital , on m’a assuré en commission que la stratégie financière y était incluse; je reste cependant sceptique ; avancée aussi sur les communautés hospitalières de territoires, sur la possibilité offerte au conseil de surveillance d’émettre désormais des avis, dans quelques domaines, ce qui est heureux)
Dans le même mouvement, effacement des élus politiques locaux . Heureusement, là aussi, notre commission, des affaires sociales faisant écho à plusieurs amendements dont de nombreux venant de nos rangs, ont partiellement rectifié le projet gouvernemental.
Mais, Madame la Ministre, comment pouviez vous souhaiter minorer l’influence, dans les conseils de surveillance, de ces «médiateurs naturels» que sont les élus locaux investis d’une forte légitimité aux yeux des populations (tous les sondages le soulignent) alors même que les projets de restructuration accélérée que vous envisagez, vont perturber tous les territoires de l’hexagone, avec notamment la mise en place des futures Communautés Hospitalières de Territoire, sur lesquelles je reviendrai, opérations à haut risque s’il en est ; ces élus sont les seuls à pouvoir expliquer où se trouve l’intérêt de la population et des malades dans ces opérations de restructurations. Les élus étant bien plus opérants, pour mettre en mots des explications pertinentes lorsqu’elles sont fondées et pour les rendre audibles et crédibles pour nos concitoyens, que toute la technocratie administrative locale, régionale et nationale réunies.
Troisièmement, une mise à l’écart délibérée, de la communauté médicale et soignante, des processus de décisions essentiels de l’hôpital. Du coup, cette communauté et principalement le corps médical hospitalier (du médecin de base au professeur de médecine), s’apprêtait à vivre la «nouvelle gouvernance hospitalière» annoncée, sur un mode catastrophique bien compréhensible.
Madame la Ministre, vous le savez, s’agissant des médecins hospitaliers, l’immense majorité d’entre eux, partout dans l’hexagone comme à Paris, se situent très loin des clichés complaisamment répandus qui en font tous des «mandarins».
Non, nos médecins hospitaliers sont des «médecins de terrain» fortement impliqués dans une approche moderne d’une gestion optimisée des moyens médicaux, en accord avec les progrès et innovations de la médecine qu’ils connaissent et maîtrisent, et les besoins de santé de la population auxquels ils s’attachent avec conscience, constance et détermination, à apporter des réponses.
Oui, nos médecins hospitaliers travaillent avec le sens de leurs responsabilités en matière économique et financière vis-à-vis de la structure de soins qui les emploie ; en plus, ils y apportent beaucoup de dévouement et cette grande humanité dégagée, pour la grande majorité d’entre eux, de tout esprit de lucre, ce qui n’est pas rien dans une époque où, hélas, l’argent, la richesse, sont devenus la mesure obligée de l’excellence.
Que demandent ces médecins de l’hôpital public ? Contrairement à ce qui prévaut dans la conception de «l’hôpital entreprise», que soit reconnue par le législateur l’évidente nécessité de la médicalisation de certaines décisions administratives essentielles concernant le pilotage de l’hôpital, son organisation et la nomination de ses responsables fonctionnels médicaux, dans l’intérêt de l’hôpital dont ils s’estiment, selon moi à juste titre, être les plus à même de le définir.
D’abord, sur la question primordiale du projet médical, il faut accepter que celui-ci, qui constitue l’épine dorsale du projet d’établissement d’un hôpital, soit élaboré (et non simplement préparé) par la communauté médicale. Il ne s’agit pas là d’une banale affaire de sémantique. Il s’agit d’une conception de fond extrêmement importante, sur laquelle notre assemblée, mes chers collègues, doit prendre parti dans l’intérêt des malades accueillis à l’hôpital.
Il faut bien comprendre, que ce projet médical va concerner tous les pôles d’activités médicales de l’établissement. Il va sous-tendre la contractualisation interne ayant trait à ces pôles où se déploient les activités de soins, et dans les CHU les activités d’enseignement et de recherche. Nous sommes bien là au cœur de la raison d’être de l’établissement hospitalier.
Les réflexions générées par les pôles d’activité nourrissent le projet médical et le déclinent une fois établi. Il ne s’agit pas d’une affaire subalterne.
Dans ces conditions, cette élaboration du projet médical doit pouvoir se faire sous l’autorité conjointe du directeur de l’hôpital et du président de la commission médicale d’établissement ; le président de la commission médicale doit pouvoir coordonner avec le directeur, la politique médicale mise en œuvre dans l’hôpital ; ceci est essentiel à mes yeux.
Ensuite, la commission médicale ne doit pas être exclue de la contractualisation interne concernant les pôles d’activités médicales. Cette contractualisation ne peut être le champ réservé au seul directeur de l’hôpital qui signerait des contrats avec des chefs de pôles, qu’il aurait par ailleurs souverainement nommés (ou presque). Là également un avis (pourquoi pas conforme) de la commission médicale d’établissement s’impose ; tout comme s’impose, par ailleurs, son implication non marginale, ou au moins celle de son président, dans le choix les chefs de pôles d’activités cliniques ou médico-techniques par le directeur de l’hôpital, (président du directoire).
Le texte issu de notre commission des affaires sociales, sur ces sujets a permis d’apporter un minimum de solutions qui peuvent être acceptables dans un souci de compromis.
Pourquoi toutes ces précautions qui peuvent vous paraître, mes chers collègues, comme autant de contraintes lourdes, voire inutiles, imposées à l’action du directeur de l’hôpital ?
Ce n’est nullement par défiance mais tout simplement par prudence. En effet, Madame la Ministre, le projet médical doit être arrêté en conformité avec le contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (le CPOM) qui sera signé entre le seul directeur de l’hôpital, (dont nous avons vu la faiblesse externe) et le puissant directeur de l’agence régionale de santé, dans des conditions de subordination que l’on peut imaginer, et, de plus, sans impact vraiment sensible du corps médical de l’établissement sur le dit CPOM et avec mise à l’écart de son conseil de surveillance.
L’économie d’ensemble de ce processus ne pouvait qu’alimenter les craintes du corps médical, mais aussi des soignants et de l’ensemble du personnel hospitalier, sur les risques (réels, notamment en période de crise) que la logique économico financière, logique comptable que 74% de nos concitoyens rejettent dans le dernier sondage mensuel BVA-Les Echos, soit systématiquement priorisée par rapport à la logique médico-soignante dans les choix à faire par le directeur de l’hôpital, sous influence forte du directeur général de l’ARS, pour permettre à l’hôpital d’assumer ses missions de service public.
Madame la ministre, l’Hôpital n’est pas une Entreprise accueillant des consommateurs éclairés. Comment en effet, penser pouvoir traiter de «consommateur éclairé» le patient hospitalisé en urgence, ou celui qui est terrassé par l’annonce d’une maladie grave, ou l’ hypocondriaque tyrannisé par son angoisse, ou le malade chronique qui n’arrive pas à suivre son traitement de peur d’être réduit à sa maladie, ou encore le patient victime de son addiction et mettant sa vie en danger pour échapper à la souffrance du manque ?
Traiter les malades en clients avertis et libres de leurs choix est une imposture, servant à justifier la transformation de la médecine en un commerce, le médecin en un producteur, le patient en un client et l’hôpital en une «usine à soins» ce qui est inadmissible pour le vieil hospitalier qui vous parle.
L’hôpital est une organisation complexe dans laquelle les professionnels, médecins et soignants, sont en première ligne. L’hôpital est le lieu où un «corps souffrant» et souvent socialement démuni ou exclu, vient d’abord à la rencontre d’un médecin et d’un soignant ; où dans les CHU (devant répondre à leur triple mission) l’étudiant reçoit l’enseignement de ses maîtres et où la recherche biomédicale s’élabore.
Le mode de fonctionnement de ce type d’organisation complexe requiert la mise en œuvre de stratégies décisionnelles spécifiques où la valorisation du jeu coopératif entre les opérateurs (en l’occurrence les professionnels médicaux, soignants et administratifs) est capitale ; où les processus de régulation conjointe des décisions majeures à prendre par l’organisation, sont essentiels. Nous avons présenté en commission des affaires sociales de nombreux amendements pour apporter notre contribution à la construction de ce type de fonctionnement.
Quatrièmement, dans la conception de «l’hôpital entreprise» il devient banal d’ériger la masse salariale en variables d’ajustement budgétaire.
Mais hélas, n’est-ce pas déjà ce qui se passe aujourd’hui ? Tout le personnel des hôpitaux français l’a bien compris depuis la montée en puissance de la tarification à l’activité (la fameuse T2A). Le personnel est devenu la principale variable d’ajustement budgétaire de l’hôpital. La suppression massive d’emplois dans les hôpitaux (20000 nous prédit-on) n’est plus un mythe. Pensez vous, Madame la Ministre, que ce personnel va continuer à subir sans réagir ?
Le personnel hospitalier est fatigué, épuisé même ; de plus il est mal payé ; ses conditions de travail sont de plus en plus dégradées, avec les plans de suppressions de postes qui vont frapper les hôpitaux de plein fouet, ces conditions de travail vont s’aggraver ; le personnel devient désabusé, craignons qu’il ne se révolte !
On aura beau «euphémiser», neutraliser, la violence potentielle» que porte en elle la T2A dans l’hôpital public, en convertissant la décision politique qu’elle dissimule en un mécanisme d’allocations de ressources aux atours techniques, voire automatiques, personne parmi le personnel hospitalier n’est dupe.
Chacun a bien compris que l’enjeu sous jacent à ce mode de tarification est de parfaire la définition arbitraire d’un «produit» hospitalier qui soit mesurable et comparable, dans la perspective d’une augmentation de la «productivité», jugée insuffisante de l’hôpital public par rapport à celle d’une clinique privée à but lucratif.
Sur la base d’hypothèses hautement discutables, sans qu’il y ait une discrimination pertinente entre traitements pour malades aigus et traitements pour malades chroniques, les malades sont d’abord considérés, dans la conception de « l’hôpital entreprise», comme des «centres de coûts» qu’il faut minimiser et/ou transférer à d’autres.
Vous allez à nouveau me dire, Madame la Ministre, que toutes ces questions de T2A, concernent le PLFSS, et n’ont rien à voir dans notre discussion sur la réforme proposée aujourd’hui.
Ne nous laissons pas abuser, mes chers collègues, cette réforme, est en profonde cohérence avec le nouveau mode de financement des hôpitaux et la stratégie de convergence entre ceux-ci et les cliniques privées commerciales.
Il s’agit d’une cohérence globale idéologiquement connotée libérale, dans une période où l’on constate dans d’autres secteurs de notre économie, les ravages que sa mise en œuvre a induits.
En ce qui concerne notre sujet d’aujourd’hui, rappelons que cette pratique de sélection des patients en fonction d’une «rentabilité supérieure escomptée», cette «marchandisation de la santé», n’appartiennent pas à la culture hospitalière française.
Je tiens maintenant à vous rappeler, Madame la Ministre, que mon groupe est farouchement opposé à l’objectif pernicieux de votre gouvernement d’introduire dans notre législation une conception des missions du service public de santé «à la carte», si ce n’est «à la découpe», pour être plus facilement vendues au privé commercial qui n’acceptera de prendre en charge que ce qui est rentable à court et à moyen terme. Les cliniques privées commerciales sont prêtes à accueillir les internes de 4ème ou de 5ème année tout simplement pour utiliser leurs compétences acquises en fin de formation en CHU et embaucher ensuite ces jeunes professionnels pour leur propre compte. Ainsi la part belle sera faite aux cliniques privées à but lucratif, du reste souvent regroupées dans des chaines, à capitaux étrangers, dont les responsables ont prioritairement l’œil fixé sur un taux de rentabilité à deux chiffres, ceci aux frais de notre sécurité sociale ! On ne nous fera pas croire que ces cliniques privées choisiront parmi les 13 missions de service public prévues dans le projet de loi, celles qui ne conforteront pas leurs intérêts. Choisiront-elles la huitième, qui a trait à la lutte contre l’exclusion sociale, ou la sixième qui concerne les actions d’éducation et de prévention ou encore la neuvième qui vise les actions de santé publique ? J’en doute.
Monsieur le Président, mes chers collègues, j’en appelle au refus de cette politique hospitalière qu’on nous propose pour laquelle les maîtres-mots sont : le productivisme, la sélection des patients et la concurrence.
J’en appelle au refus de toute politique qui émiette les missions du service public de santé dans l’intérêt des établissements privés à but lucratif, qui écarte les élus du pilotage des hôpitaux sis sur leur territoire ; qui démédicalise la prise de décision à l’hôpital ; qui ignore la parole des soignants ; qui dénie l’utilité indispensable du travail de tous les autres personnels de l’hôpital, car il s’agit d’une politique suicidaire pour l’hôpital public.
Madame la Ministre, mes chers collègues, je ne saurais terminer sans vous faire part de la position de mon groupe sur les communautés hospitalières de territoire. Pour nous, le principe qui doit guider ces regroupements d’établissements est le volontariat, à égalité de droits entre les établissements concernés, sans subordination d’une structure à une autre, assis sur des conventions claires et reflétant la volonté des conseils de surveillance des établissements en cause. Ce n’est qu’exceptionnellement, dans les cas où la sécurité des malades est en jeu que le représentant de l’Etat doit intervenir d’une manière régalienne par la voie de la fusion. Enfin, la définition des conventions de regroupements doit scrupuleusement tenir compte des situations géographiques et/ou spécifiques des établissements concernés.
Pour conclure, je dirai que l’habileté de ce projet de loi consiste à avoir noyé la réforme de la «gouvernance hospitalière» dans une série de propositions visant à donner le sentiment à la population que le gouvernement agit pour la défense de l’accès à des soins de qualité pour tous sur tout le territoire, ce qui n’est pas le cas.
En fait l’objectif sous jacent à ce projet est le démantèlement du service public de santé ; une privatisation accélérée de l’offre sanitaire sur notre territoire et le renforcement d’une médecine à deux vitesses au détriment de nos concitoyens les plus démunis.
Bien évidemment cet objectif est très éloigné de nos valeurs et de notre conception de la santé et en particulier des valeurs de solidarité tant au niveau humain que territorial.
C’est pour cela, Madame la Ministre, mes chers collègues, que nous continuerons tout au long de la discussion qui s’annonce de nous battre avec détermination pour que ce projet de loi soit, encore davantage modifié ou, ce qui serait mieux pour nos concitoyens malades, tout simplement retiré.