Pr Jean-Jacques Altman – La télémédecine peut améliorer la prise en charge du diabète gestationnel
Pr Jean-Jacques Altman - Responsable de l’unité fonctionnelle « Diabétologie, nutrition et endocrinologie » – Hôpital européen Georges-Pompidou – Paris
Contact : jean-jacques.altman@egp-aphp.fr
• Qu’est-ce que la télémédecine et pourquoi avoir mis en place cette technique ?
La télémédecine, étymologiquement « médecine à distance », utilise les méthodes modernes de communication pour améliorer de nombreuses facettes de la médecine, comme la consultation, la surveillance, l’assistance, l’expertise. Nous sommes amenés dans notre service à prendre en charge par an 150 femmes enceintes présentant un diabète gestationnel. Il est extrêmement difficile de répondre à toutes les interrogations que se posent quotidiennement ces femmes dans la surveillance de leur diabète et de repérer et traiter rapidement les problèmes qui peuvent apparaître. Grâce à la mise en place d’une télésurveillance et d’une téléconsultation via une astreinte électronique diab.gest@egp.aphp.fr nous pouvons faire face à l’afflux des demandes.
• Pratiquement comment avez-vous procédé ?
Dès la prise en charge initiale, les patientes reçoivent un carnet électronique (tableau Excel dynamique) personnalisé (nom de la patiente et de son diabétologue) permettant de noter les six glycémies réalisées avant et après les trois repas qu’elles se font elles-mêmes tous les jours à leur domicile. Un code couleur s’affiche automatiquement dès l’inscription de la glycémie pour alerter la patiente. Ce code est vert quand les résultats sont bons, orange quand ils sont douteux et rouges quand ils sont mauvais. Par ailleurs, les patientes peuvent noter dans ce fichier les types et doses d’insuline le cas échéant, ainsi que leurs commentaires ayant trait à l’alimentation ou à des événements intercurrents. Elles sont invitées à transmettre ce carnet électronique deux fois par semaine par couriel avec une garantie de réponse dans les 24 heures. Nous sommes trois médecins à assurer l’astreinte électronique. En pratique nous sommes amenés à répondre à 7 mails par jour en moyenne (2 à 25) et en particulier nous aidons à adapter les doses d’insuline.
Bien entendu, le suivi électronique est complété par les consultations classiques en face à face et les séances d’éducation thérapeutique.
• Avez-vous réalisé une évaluation de ce système ?
Toutes les patientes sont invitées à répondre par courriel après l’accouchement à un questionnaire d’évaluation de 30 items. Sur une période d’un an, 143 patientes ont pu bénéficier du suivi électronique : 113 à l’hôpital et 30 en ville. Nous avons reçu et analysé 75 questionnaires, 21 pour la ville et 54 pour l’hôpital.
Pour la très grande majorité des patientes, le carnet électronique est facile à comprendre et à remplir. Le code couleur automatique apporte une aide supplémentaire. Les avantages que les femmes mettent en avant sont le gain de temps, la suppression des déplacements pour consultation, le contact interactif permanent et rassurant. Moins de 20 % des femmes interrogées déplorent cependant la disparition du dialogue en tête-à-tête et, quelque chose d’impersonnel.
Les médecins peuvent rapidement réagir à des évolutions non satisfaisantes, en particulier en indiquant les adaptations à apporter en cas d’insulinothérapie. Au total, que ce soit en ville ou à l’hôpital, les nouveau-nés sont nés, en moyenne, à 38 semaines d’aménorrhée, avec des poids moyens normaux (3.200 kg). Aucune complication néonatale n’est à déplorer. Comparée à des stratégies de prises en charge différentes, nécessitant par exemple trois hôpitaux de jour, l’économie réalisée est de l’ordre de 2 000 euros par patiente. Enfin, la télé médecine est d’accès facile, équitable, indépendant des contraintes démographiques et géographiques, et permet un confort de haut niveau pour les patientes qui bénéficient d’une grande qualité d’expertise.
Source : HAS