Malgré son intérêt thérapeutique, pourquoi la psilocybine est-elle illégale en France ?

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Des champignons psilocybine
Des champignons psilocybine

Parmi les nombreuses substances dont l’utilisation est interdite en France, on retrouve la psilocybine. Cependant, pourquoi est-elle illégale dans la Métropole ? Que dit la loi française sur les stupéfiants ? Quel est le risque pénal ? Existe-t-il des moyens pour consommer légalement et en sécurité la psilocybine ? Faisons le point dans cet article.

Qu’est-ce que la psilocybine ?

La psilocybine, dont le numéro CAS est 520-52-5, est une forme de 4-phosphoryloxy-NN-diméthyltryptamine. Sa dénomination chimique complète [3-(2-diméthylaminoéthyl)-1H-indol-4-yl] dihydrogénophosphate. Elle est le principal ingrédient des champignons magiques, qui sont également connus sous le nom de truffes magiques. Elle est classée comme psychédélique ou simplement hallucinogène dans le langage populaire.

Elle contient la molécule psilocine et se retrouve dans plusieurs variétés de champignons, dont les genres Psilocybe et Stropharia. En effet, ces champignons poussent dans diverses régions du monde. Même si les espèces diffèrent d’un pays à l’autre et portent des noms distincts en fonction des différentes cultures, elles contiennent toutes cette même molécule active, la psilocine, qui est très similaire sur l’aspect chimique. C’est ce composé qui est responsable des effets psychédéliques associés à la consommation de ces champignons.

Historiquement, la psilocybine a été utilisée dans les pratiques chamaniques pour la divination et la médecine. Le chimiste suisse Albert Hofmann, célèbre pour sa découverte du LSD, a commencé l’étude scientifique de la psilocybine en 1958.

De nos jours, cette substance fait l’objet de recherches dans plusieurs pays pour son potentiel thérapeutique, notamment dans le traitement de troubles de santé mentale.  Plus précisément, elle est actuellement testée pour traiter la dépression résistante à d’autres formes de thérapie. Cependant, cette recherche en est encore à ses débuts et plus d’études sont nécessaires pour déterminer l’efficacité et la sécurité de cette méthode de traitement.

Quels sont les potentiels avantages de la psilocybine ?

Les champignons magiques qui sont pourvus en psilocybine possèdent de potentiels effets thérapeutiques, notamment sur la dépression, l’anxiété ou le syndrome de stress post-traumatique.

Les effets sur la dépression

La psilocybine est en cours d’étude en tant que traitement potentiel pour la dépression. Cependant, dans certains cas, elle s’avère plus efficace que les antidépresseurs traditionnels. En effet, plusieurs études ont montré que la psilocybine peut revoir à la baisse les symptômes de la dépression chez plusieurs sujets.

De plus, contrairement à de nombreux antidépresseurs, ses effets bénéfiques peuvent se manifester après une seule dose. Cela pourrait être bénéfique pour les individus souffrant de dépression résistante au traitement, un état où les autres formes de thérapie ne sont pas efficaces. Quant au risque de rechute, certaines études indiquent qu’il pourrait être inférieur avec la psilocybine par rapport aux antidépresseurs traditionnels.

Cependant, il faut souligner la recherche sur l’efficacité et la sécurité de la psilocybine en tant que traitement pour la dépression est encore à un stade relativement préliminaire. Avant que la psilocybine ne puisse être largement recommandée comme traitement de la dépression, il faut davantage de recherche et une approbation réglementaire.

Les effets sur l’anxiété

Au cours de ces dernières années, le CBD s’est popularisé en tant que substitut aux médicaments anxiolytiques pour gérer l’anxiété. Il en va de même pour un certain nombre de compléments alimentaires, tels que l’Ashwagandha et la Camomille Romaine. Parallèlement, la psilocybine se présente aussi comme une voie prometteuse.

La recherche a montré que cette substance pourrait avoir des effets bénéfiques sur l’anxiété. Dans cette perspective, plusieurs études ont indiqué que, tant en microdosage qu’à des doses thérapeutiques plus élevées, elle peut aider à réduire les symptômes liés à ce trouble. Ces effets bénéfiques ont été observés chez différents groupes de patients, y compris ceux qui sont confrontés à l’anxiété en phase terminale du cancer.

Il a été constaté que 80% des patients en phase terminale ont ressenti une diminution significative de l’anxiété après avoir pris de la psilocybine. Ces bienfaits se sont fait remarquer durant les mois ayant suivi le traitement. Cependant, comme pour la dépression, la recherche sur l’efficacité de la psilocybine comme traitement pour l’anxiété est toujours en étude.

Les effets sur le TOC

Des études et de la recherche en cours indiquent que les substances psychédéliques pourraient avoir un impact positif sur le traitement du trouble obsessionnel compulsif (TOC). Selon plusieurs rapports, il y a des cas où les patients ont signalé une importante réduction des compulsions et des rituels suite aux traitements psychédéliques. Il en a été de même pour les pensées obsessionnelles.

Certains participants ont déclaré qu’ils comprenaient mieux leur TOC et l’acceptaient plus facilement. Marquant une avancée prometteuse, près de 30% des participants ont signalé des effets positifs plus de trois mois après l’ingestion de substances psychédéliques. Cependant, la recherche est toujours à un stade préliminaire. De plus amples études et des essais cliniques sont nécessaires pour confirmer et mieux comprendre ces résultats.

Les effets sur les SSPT

Des recherches suggèrent que certaines substances psychédéliques, telles que le LSD, la MDMA et la psilocybine, pourraient jouer un rôle bénéfique dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Ces substances ont été étudiées pour leur capacité à altérer certains processus cérébraux, notamment en modifiant l’activité de l’amygdale, une région du cerveau impliquée dans le traitement des émotions, de la peur et des souvenirs.

Les études suggèrent que ces substances pourraient aider les individus souffrant de SSPT à traiter leurs souvenirs traumatiques de manière plus gérable, ce qui aide à réduire leurs symptômes. Cependant, elles doivent être utilisées sous la supervision d’un professionnel de santé dans un environnement thérapeutique. Mais ces recherches ne constituent pas une validation définitive de l’efficacité de ces substances pour le traitement du SSPT.

Les effets sur les traumatismes

D’après les recherches, l’utilisation de la psilocybine, en combinaison avec la psychothérapie, pourrait être bénéfique pour les personnes souffrant de traumatismes. En effet, la psilocybine est censée aider à atténuer la réponse au stress traumatique et à dépasser certains blocages mentaux. Cela permettra aux individus de progresser de manière significative dans leur processus de guérison.

Les études montrent que le traitement à la psilocybine pourrait permettre aux individus de faire des avancées en psychothérapie durant deux à six mois. Il est également suggéré que la psilocybine pourrait aider à traiter des traumatismes oubliés, de même que leurs effets somatiques. Néanmoins, il est essentiel de souligner que ces résultats sont à un stade préliminaire et doivent encore être confirmés par d’autres recherches et essais cliniques.

Les effets sur le TDAH

Des recherches préliminaires proposent que le microdosage de champignons hallucinogènes pourrait avoir des effets positifs sur les personnes de TDAH. Selon certaines études, une période de quatre semaines de microdosage peut aider à améliorer les capacités de concentration, d’observation et de description alors que l’impulsivité pourrait diminuer.

On suggère également que le microdosage de substances psychédéliques pourrait améliorer le niveau de pleine conscience chez les personnes malades. Cela permettrait à ce niveau d’être comparable à celui d’un sujet sain. Bien que ces résultats soient prometteurs, il est important de rappeler que la recherche en est encore à ses débuts. Les implications à long terme du microdosage de substances psychédéliques pour le TDAH sont encore largement inconnues et nécessiteront davantage de recherches avant de pouvoir établir des conclusions définitives.

Les effets sur l’anorexie

Une étude californienne signalée dans la revue Nature en 2023 a révélé des résultats prometteurs pour l’utilisation du traitement assisté par psilocybine chez des personnes souffrant d’anorexie. Les résultats ont montré que suite à la thérapie, 9 personnes sur 10 ont affirmé se sentir mieux par rapport à leur relation avec la nourriture et leur poids. Parmi elles, quatre sont même entrées en rémission 90 jours après le traitement.

Ces résultats sont très encourageants et indiquent que la psilocybine pourrait avoir un rôle dans le traitement futur de l’anorexie. Cependant, la thérapie assistée par psilocybine pour l’anorexie est encore dans le domaine de la recherche et des essais cliniques. Elle n’est donc pas largement disponible ou sanctionnée.

Les effets sur les migraines et les céphalées

Certaines études ont indiqué que la psilocybine pourrait avoir un effet positif sur la réduction de la fréquence des céphalées en grappes, un type de migraine sévère. Selon un rapport, la psilocybine aurait permis de réduire la fréquence de ces migraines de 50% à la première dose.

Ces résultats sont de bonnes nouvelles pour les personnes souffrant de céphalées en grappes, qui sont souvent résistantes à de nombreuses formes de traitement. Cependant, il est important de noter qu’ils proviennent d’études de petite taille et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour valider ces résultats à une échelle plus large.

Quelles différences existe-t-il entre la psilocybine et les anti-dépresseurs ?

D’importantes différences peuvent être soulignées entre la psilocybine et les anti-dépresseurs. Celles-ci se remarquent, entre autres, au niveau de la rapidité et de la durée de l’action suivant l’administration.

Psilocybine vs anti-dépresseurs : un effet d’action rapide

Il a été démontré que la psilocybine, tout comme la kétamine, peut avoir des effets anti-dépressifs plus rapides que certains anti-dépresseurs traditionnels. Généralement, les anti-dépresseurs classiques nécessitent entre deux semaines et un mois pour une action favorable. En revanche, la kétamine et la psilocybine peuvent avoir des effets positifs dès les premières heures ou jours suivant l’administration. Cela en fait des anti-dépresseurs à action rapide.  

Il faut noter que la psilocybine est naturellement présente dans certains types de champignons, tandis que la kétamine est issue d’une synthèse et elle s’utilise souvent comme une anesthésie. En France, elle est disponible pour le traitement de la dépression résistante, seulement dans des unités spécialisées.

Elle peut être administrée par voie intranasale ou intraveineuse. Bien que l’utilisation de la psilocybine comme traitement soit en cours d’étude, il faut reconnaître que chaque sujet est unique et peut réagir différemment à ces substances.

Psilocybine vs anti-dépresseurs : un effet prolongé

Après l’avoir prise une seule fois, la psilocybine pourrait avoir un effet anti-dépresseur prolongé. Cela contraste avec les anti-dépresseurs classiques qui doivent généralement être pris pendant une période prolongée, souvent entre 6 mois et 1 an à la suite de la rémission des symptômes dépressifs.

Cependant, ces recherches préliminaires sont complétées par de nombreuses études. Parmi celles-ci, on a celle réalisée par Robin Carhart-Harris et publiée en 2021 dans le New England Journal of Medicine, intitulée Trial of Psilocybin versus Escitalopram for Depression.

Une autre étude, publiée dans le même journal en novembre 2022, « Single-Dose Psilocybin for a Treatment-Resistant Episode of Major Depression », a également indiqué qu’une seule dose de psilocybine peut être bénéfique dans le traitement d’une dépression résistante.

Psilocybine vs anti-dépresseurs : des effets psychédéliques 

Un autre effet de la psilocybine, qui la différencie des anti-dépresseurs classiques, est son potentiel pour provoquer des expériences psychédéliques. En effet, pendant la période d’effet de la psilocybine, les consommateurs ont souvent des altérations dans leur perception de la réalité, qui peuvent inclure des hallucinations visuelles ou d’autres sensations inhabituelles.

De plus, la prise de psilocybes peut aider à dissoudre l’égo. Il faut noter que l’expérience de la dissolution de l’égo est un phénomène souvent signalé lors de l’utilisation de substances psychédéliques, y compris la psilocybine. Elle induit une sensation d’interconnexion intense avec l’environnement extérieur. Cela provoque chez l’individu un sentiment d’éclaircissement, de découverte et de perspicacité accrue.

Cependant, ces expériences peuvent varier grandement d’une personne à l’autre et ne sont pas garanties. De plus, bien que ces expériences puissent être fascinantes, elles peuvent également être déroutantes ou même effrayantes pour certaines personnes.

Il est donc recommandé de consommer ces substances dans un environnement sûr et contrôlé, sous la supervision d’un professionnel qualifié. Cependant, le statut légal de la psilocybine diffère d’un pays à l’autre et son utilisation doit toujours être conforme à la loi locale.

La psilocybine est-elle légale en France ?

En France, la psilocybine est classée comme stupéfiant en vertu du Code de Santé publique. Cette classification est en place depuis 1966 et est officiellement publiée dans un arrêté datant du 22 février 1990. D’autres substances comme la MDMA ou la Kétamine y figurent également. De fait, la loi française interdit la possession la production, et la consommation des champignons contenant de la psilocybine.

Malgré son intérêt thérapeutique, la psilocybine est illégale en France pour de nombreuses raisons. D’abord, l’usage de cette substance peut entraîner des conséquences négatives sur la santé mentale et physique des utilisateurs. Parmi celles-ci, on peut citer :

  • Des hallucinations ;
  • Des changements du rythme cardiaque ;
  • L’euphorie.

Ces effets peuvent être dangereux, en particulier dans des situations où l’usager n’est pas en mesure de contrôler son environnement ou n’a pas accès à une aide médicale si nécessaire.

Ensuite, l’utilisation de la psilocybine peut créer un risque d’abus et de dépendance, tout comme toutes les substances de ce type. Il peut donc arriver qu’on note le développement d’une dépendance psychologique.

En outre, l’usage des substances psychoactives, y compris la psilocybine, est généralement associé à des activités illégales, telles que la conduite sous l’influence de drogues. Celles-ci peuvent mettre en danger la sécurité publique.

Par ailleurs, l’interdiction de la psilocybine et d’autres substances psychédéliques en France sont également le résultat de la Convention sur les substances psychotropes prise par l’ONU en 1971. En effet, ce traité international a été largement influencé par la politique des États-Unis de l’époque, dirigée par le président Nixon. Ce dernier cherchait à réprimer l’usage de drogues en raison de leur association avec le mouvement de contestation contre la guerre du Vietnam et le mouvement hippie.

Il faut préciser que le traité a classé la psilocybine et d’autres substances psychédéliques comme des drogues de l’annexe I. Cela signifie qu’elles n’ont pas d’usage médical reconnu et qu’elles présentent un fort potentiel d’abus. De nombreux pays, dont la France, ont alors adopté des dispositions législatives en conformité avec ce traité, rendant ainsi illégale la possession, la vente, la production et l’usage de ces substances.

Quels sont les risques liés à l’utilisation de la psilocybine en France ?

La possession, l’achat et la consommation de psilocybine étant illégaux en France, en vertu de l’article L3421-1 du code de la santé publique, les contrevenants peuvent être sanctionnés. Ces derniers encourent une peine d’emprisonnement d’un an et d’une amende de 3750 euros, même si la peine de prison pour une simple possession est rarement appliquée. Dans la plupart des cas, la justice tend à privilégier des sanctions alternatives, en particulier pour les personnes sans antécédents judiciaires.

Cependant, les individus ayant des antécédents de consommation de drogues, ou qui sont en possession d’une grande quantité de psychédéliques, les sanctions peuvent être plus sévères. Dans un cas ou l’autre, l’infraction figure au casier judiciaire, ce qui peut avoir des conséquences importantes pour l’avenir de l’individu concerné. Pour appliquer ces sanctions, les autorités françaises incluent :

  • La gendarmerie ;
  • La police nationale ;
  • La police municipale ;
  • La brigade des douanes.

Ces derniers ont le pouvoir d’émettre des contraventions pour ces délits. Il faut préciser que même la possession d’une petite quantité de psilocybine pour usage personnel peut entraîner des sanctions. Les lois sur les drogues sont appliquées de manière stricte et systématique en France, et il est donc fortement déconseillé de consommer ou d’acheter de la psilocybine.

Comment consommer légalement et en sécurité la psilocybine ?

L’utilisation de cette substance est régie par la législation du pays dans lequel elle est consommée. Cela suppose que si un citoyen français choisit de consommer de la psilocybine dans un pays où son usage est légal, il n’enfreint pas la loi française.

Pour consommer la psilocybine de façon légale et en sécurité, les consommateurs ont la possibilité de se rendre aux Pays-Bas ou dans l’État de l’Oregon qui a d’ailleurs légalisé la thérapie assistée par psilocybine. Particulièrement aux Pays-Bas, des retraites psychédéliques légales sont fréquemment organisées

En effet, ces rencontres offrent souvent un environnement contrôlé et sûr pour explorer l’impact de ces substances sur la conscience, l’humeur, la perception de soi et l’empathie. Pour certains participants, ce sont des outils de croissance personnelle, de développement spirituel et de transformation.

Cependant, il faut noter que le but des retraites psychédéliques n’est pas principalement thérapeutique. Elles facilitent plutôt une expérience encadrée et sécurisée d’exploration intérieure et de croissance personnelle. Toutefois, il peut être bénéfique de choisir une retraite qui respecte l’éthique et les protocoles de sécurité adéquats. Aussi, bien que l’usage de la psilocybine dans ces cadres soit légal, il faut toujours respecter les lois et régulations locales.